La place de la Libération, située au cœur de Droixhe, est un lieu de vie et de rencontre important pour le quartier. Des habitants se sont mobilisés, avec le soutien de La Bobine, afin d'agir ensemble à l'amélioration du cadre de vie et de la sécurité autour de cette place. Vu le sentiment d'abandon et le climat délétère qui régnait dans le quartier, notamment suite à la requalification du quartier (plus de dix ans de travaux, démolitions, terrains vagues, fermetures de commerces, services et associations, bâtiments vides,...) ce n'était pas gagné d'avance, et pourtant ...

Le reportage de RTC

Historique du projet

En 2007, Des rencontres avec des mamans du quartier s'organisent pour échanger au sujet de la vie à Droixhe avec des enfants :

« Moi j'aime vivre à Droixhe, je ne sais pas si c'est bien quand les enfants grandissent, mais même si on démolit mon building, je veux rester à Droixhe »

« Ce serait bien d'avoir un endroit où les petits peuvent jouer, et les grands rouler à vélo à côté, et la maman elle reste calme »

« Les enfants ont besoin de jouer après l'école, on n'a pas le temps de sortir beaucoup »

« Avant, j'ai écouté beaucoup d'histoires que le quartier ça ne va pas mais moi je suis venue ici en 2000, je vois que ça va, je ne vois pas de bêtises, il n'y a pas les voleurs, pas les bagarres, pas des bêtises. Je trouve que le quartier c'est bien pour les enfants. »

« J'aime beaucoup Droixhe parce que chez nous, il y a beaucoup de nature, il y a beaucoup d'arbres, beaucoup de lumière, chez nous il y a ça et ça me manquait ici un petit peu. Chez nous c'est un petit peu village quoi - les gens, les parcs - oui, ce n'est pas le même que mon pays mais j'aime beaucoup »

Assez vite, il se révèle que la Place de la Libération est un lieu important dans la vie du quartier : quand il fait chaud, on quitte son appartement pour prendre l'air, quand on est nouveau dans le quartier, c'est là qu'on y rencontre ses voisins.

C'est aussi là que se trouve l'école maternelle et primaire, devant la bibliothèque de quartier.

C'est par là qu'on passe pour sortir du quartier, pour aller au magasin, pour aller prendre le bus.

C'est aussi l'espace de vie des enfants, là où ils jouent aux ballons, roulent à vélo, s'amusent sur la plaine de jeux.

Mais les mamans identifient des problèmes qui empêchent de faire de cet espace un lieu de rencontre agréable.

« Ici, tu vois, c'est ça le problème, une petite place, beaucoup de monde et la rue qui tourne autour de la place. Pendant les vacances, il y a beaucoup de monde, et les voitures font du bruit, elles freinent, quand elles tournent autour de la place, elles font comme des courses ...et ta tête et ton corps ils tournent avec ... tu dois faire attention aux enfants, à tout »

« Les barrières quand c'est fermé, alors les enfants ça va, ils ne vont pas courir. Ici, il n'y a pas de sécurité, quand je suis ici je regarde toujours que mes enfants ne vont pas sur la rue, il n'y a pas de barrières. »

« Et il y a beaucoup de voitures et tout ça, ici catastrophe. Il y a beaucoup de rues, ils roulent vite vite vite et après ils freinent, c'est pendant une heure comme ça. »

Nous proposons alors aux mamans de nous réunir et de réfléchir ensemble aux problèmes de cette Place de la Libération. Elles identifient les problèmes, se questionnent sur les solutions, vérifient si ces solutions sont bonnes pour tout le quartier. Elles découvrent le fonctionnement de la Ville de Liège et ses décideurs. Elles décident d'écrire une lettre à l ' Échevin des travaux, elles font circuler cette lettre auprès de leur voisinage pour récolter les signatures.

Le premier changement obtenu est celui des bulles à verres. Le groupe a envie d'impliquer les habitants du quartier dans le projet et distribue un toutes-boîtes à ce sujet.

Des contacts se créent avec l'echevin, mais les choses n'avancent pas assez vite pour le groupe. En novembre 2010, elles décident alors de l'inviter à les rencontrer pour pouvoir expliquer de vive voix leurs préoccupations.

Lors de cette rencontre, chacun peut entendre la réalité de l'autre. Le groupe n'avait pas envie d'entendre de fausses promesses, et ça n'a pas été le cas. Le groupe avait préparé un plan de la Place illustrant leurs demandes. Tenant compte de la réalité de l'échevinat, les femmes du groupe réfléchissent et renégocient leur demande. Les porteuses du projet découvrent que le temps ne s'écoule pas de la même façon pour la Ville de Liège que pour elles. Un plan d'aménagement des rues et de la place est élaboré et chacun repart satisfait de la rencontre.

echevinCette rencontre est un moment important dans la vie du projet :

« Je pensais qu'on n'allait pas avancer parce qu'on n'a pas quelqu'un qui nous écoute, mais on a trouvé quelqu'un qui nous écoute et on a continué. »

« Quand l'échevin est venu nous voir, il a écouté notre voix, il est venu avec 4 personnes qui travaillent à la Ville, avec des plans et tout ça, là à ce moment-là on vu le travail commencer, c'était réel, vrai, il a dit « il faut du temps » mais il l'a fait. »

« L'échevin a fait son effort. Le groupe a fait un effort aussi. Donc, on a travaillé ensemble »

« Il nous a écoutés parce que c'est la ville de nous, c'est notre ville. »

« Mais au début j'avais des doutes, mais à partir du moment où l'échevin est venu, j'y ai cru».

Durant l'été 2011, des aménagements sont réalisés ; en septembre, lors de la rentrée scolaire, les enfants prennent le chemin de l'école en plus grande sécurité.

Cela fait plus d'un an que le groupe s'investit pour améliorer la Place de la Libération. Il y a eu des moments de découragements, les femmes n'ont pas toujours été soutenues par les autres habitants, mais elles ont tenu bon.

Les nouveaux aménagements autour de la place, les nouvelles barrières montrent qu'elles ont eu raison.

Nous décidons alors de marquer le coup en organisant une deuxième rencontre avec l'échevin pour faire le point sur les demandes du groupe, les améliorations proposées par l'échevinat, et un rassemblement public sur la Place de la Libération en janvier 2012.

Nous voici en septembre 2012, la plaine de jeux s'est enrichie de nouveaux jeux (des jeux qui ont été choisis pour permettre à un grand nombre d'enfants d'en profiter) et d'un terrain de pétanque afin d'encourager la fréquentation intergénérationnelle. La place va continuer d'être aménagée pour le plus grand nombre. Et les jeunes adolescents n'ont pas été oubliés puisque, dans les années 2012- 2013, un agorasport va venir remplacer le terrain de football actuel, et un espace de rencontre sera également installé en bout de place.

echevin inaugurationL'espoir des femmes du quartier qui se sont investies pendant un peu plus de deux ans dans ce projet est que ces aménagements soient entretenus par la Ville et respectés par les habitants.

Quoi qu'il en soit, elles ont montré qu'ensemble il est possible de se mobiliser pour faire changer des choses.

« Pendant les réunions de temps en temps on dit il y a pas beaucoup de personnes, pas beaucoup de femmes mais ça va. On a avancé, on a fait les réunions, on n'est pas resté à la même place. On a bougé quand même. »

« Oui, on était un peu mais on a fait quelque chose grand. »

« Je suis fière de ça. »

« On a fait beaucoup de réunions mais on a pas fait des réunions pour rien. On est arrivés à quelque chose. »

« Oui, je suis fière de moi. J'ai donné un peu de mon temps mais ça va. Ce n'est pas pour rien. Je suis fière pour moi de ce que j'ai fait »

« Ça restera un bon souvenir. C'est très bien de se rappeler on a fait quelque chose pour notre quartier, pour les enfants. Parce que les jeux vont rester, on va penser on a fait quelque chose pour les enfants. »

 


Avec le soutien de

Centre d'action Laïque

Fédération Wallonie Bruxelles


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